Les forêts du Massif central, une histoire mouvementée

Si les forêts occupent plus du tiers du Massif central de nos jours, n'oublions pas que ce territoire fut jadis appelé « la tête chauve de la France»  avec seulement 10 % d'occupation forestière à la suite de vastes défrichements opérés au fil des siècles. Par conséquent, leur répartition dans le paysage et dans la géographie française, leur biodiversité ou encore la structure de leurs peuplements sont l'héritage d'une histoire particulièrement mouvementée…

Les forêts originelles...

Les surfaces forestières ont fortement varié au fil de l'Histoire, comme l'indiquent les études historiques (CINOTTI 1996) et l'étude des pollens conservés dans la tourbe ou les sédiments lacustres. Jusqu'à la fin de la précédente période glaciaire, le Massif central était occupé par une végétation herbacée rase et éparse, semblable à celle que l'on peut rencontrer aujourd'hui au Nord de l'Europe. Il y a 13 000 ans, une forêt de bouleaux et de pins annonçaient les prémices de la conquête forestière. Il faudra attendre encore 5 000 ans pour que les chênes, ormes et tilleuls, à la faveur d'un climat plus clément, puissent coloniser le territoire. Le Sapin et le Hêtre, essences emblématiques de nos forêts, ne sont arrivés qu'il y a 5 500 ans (ARGANT et al. 2005) voire 6 500 ans (MANNEVILLE et al. 2006) juste avant les premiers défrichements. Peuplée de grands animaux aujourd'hui disparus, cette forêt originelle et diversifiée avec ses clairières et ses zones ouvertes primaires (rochers, zones humides et d'altitude) occupait la quasi-totalité du territoire. C'était le milieu de vie de la plupart des espèces que nous connaissons aujourd'hui, certaines ayant profité des premiers défrichements humains pour s'étendre, parfois sur de très grandes distances.

Les forêts originelles du Massif central

Le grand défrichement...

D'abord limitée à de petites clairières, l'emprise de l'agriculture est devenue prépondérante il y a 2 600 ans (PONS et al. 1989a, b ; MICHELIN 1995), donnant en particulier naissance aux prairies diversifiées telles que nous les connaissons. Comme partout ailleurs en Europe occidentale, au fil du développement de l'agriculture, le recul de la forêt s'est poursuivi, malgré des interruptions liées à des crises démographiques comme ce fut le cas à la fin de l'Antiquité ou du Moyen-âge. Il s'est poursuivi après la révolution française et a atteint son apogée entre le milieu du XIXème siècle et le début du XXème siècle, période appelée le « minimum forestier» . La forêt ne couvrait plus alors que 14 % du territoire, moins de 5 % dans certains secteurs comme les Limagnes et leurs coteaux, à peine plus sur le Cézallier, sur le plateau de Millevaches en Limousin, et dans les bassins du Puy-en-Velay ou d'Aurillac. Sur certains territoires, la forêt aurait pu tout simplement disparaître, et avec elle tout un pan de la biodiversité régionale, déjà bien entamée par l'exploitation et le défrichement croissants des surfaces forestières.

La plupart des forêts restantes semblent avoir été surexploitées. Les prélèvements de bois, relativement importants, de bois étaient gigantesques, étant aussi bien destinés aux besoins de combustible qu'à l'industrie. Il faudra en effet attendre le XIXème pour que celle-ci substitue le charbon de bois par du charbon de terre puis d'autres énergies fossiles. Dans les Monts Dore, la pénurie en bois poussait parfois à l'extraction nocturne des souches, tout le bois mort ayant déjà été prélevé (GIRONDE-DUCHER 2014 ; LATHUILLIERE 2013). Sur les plateaux du Mézenc, faute de bois, on en venait à dégazonner les pentes pour se chauffer, arrachant l'herbe et le sol en surface pour le brûler une fois sec, et livrant ainsi les pentes à l'érosion. N'oublions pas que le bétail pâturait souvent en forêt, cette dernière ne pouvant alors se régénérer.

Le grand défrichement...

Le retour spectaculaire de la forêt

Entre la deuxième moitié du XIXème siècle et le début du XXème siècle, la « déprise énergétique» , l'exode rural et l'application du nouveau Code forestier ont permis aux forêts survivantes de se reconstituer. Les surfaces forestières augmentent alors considérablement, suite à la déprise agricole et à la conduite de programmes nationaux de reboisement du service de Restauration des terrains en montagne (RTM) puis du Fond forestier national (FFN). Destinés à assurer le renouvellement de la ressource en bois d'œuvre, ces programmes ont également permis de lutter contre l'érosion et les crues catastrophiques comme celle de 1866.

Le taux de boisement a ainsi largement doublé dans le Massif central, avec de fortes disparités selon les territoires. Ainsi, les moyennes montagnes ou certains secteurs de gorges ont pu connaître une forte déprise, tandis que les secteurs de plaine, déjà peu boisés, sont caractérisés par une plus grande stabilité du taux de boisement. Certains bassins et plaines agricoles (Bassin de Maurs par exemple) ont quant à eux vu celui-ci continuer à régresser. Sur les plateaux d'altitude, l'agriculture s'est maintenue et mécanisée et la couverture forestière n'a que peu évolué.

Le retour spectaculaire de la forêt

Des forêts multiples en héritage

Les forêts que l'on observe aujourd'hui sont le fruit de cette histoire. Au fil des déprises et reprises agricoles étroitement liées aux conditions de vie des hommes, chaque territoire, chaque mouvement démographique, a donné naissance à un paysage forestier particulier.

Ainsi, certaines forêts sont anciennes, implantées depuis la nuit des temps, ou ne datent que du XXème siècle… De même, toutes ne sont pas toutes peuplées d'essences autochtones et certaines sont majoritairement composées, au contraire, d'essences exotiques.

Si les forêts primaires ont depuis longtemps disparu de notre territoire, les peuplements peuvent présenter des caractéristiques plus ou moins proches des forêts naturelles, une maturité ou une naturalité plus ou moins forte. C'est le cas des forêts dont les exploitants ont pris soin de conserver de vieux arbres, des arbres porteurs de dendromicrohabitats et du bois mort. Dans les secteurs forestiers non exploités depuis la déprise rurale, il est parfois possible d'observer des écosystèmes relativement proches de ceux des forêts naturelles, avec notamment une abondance de vieux arbres et de bois mort. On parle alors de forêt « subnaturelle» , « à caractère naturel»  ou encore de « vieille forêt» , ces dernières étant plus rares et menacées.

Finalement, si les forêts du Massif central ont conservé une partie de leur patrimoine biologique originel et que l'histoire récente a permis une amélioration de leur état en termes de surface et de maturité, la situation demeure contrastée. Seule une partie des forêts actuelles peuvent être qualifiées de forêts anciennes. En outre, les peuplements sont globalement assez jeunes, et des plantations d'essences exotiques ont remplacé une partie des peuplements autochtones…

Les graphiques présentés ci-après illustrent différentes évolutions de forêts depuis 200 ans. Cliquez sur les miniatures (ou sur les flèches sur mobile) pour faire apparaitre les différents exemples

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Cette page d'information a été réalisée par le Conservatoire botanique national du Massif central et a bénéficié d'un financement par l'Union européenne. L'Europe s'engage sur les forêts anciennes avec le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER).
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