Observer l'état de conservation des prairies :
la méthode TRAME

Partenaires
Ce projet a été réalisé avec les contributions financières de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Europe. L’Europe s’engage dans le Massif central avec le fonds européen de développement régional.

Dans le cadre du programme de « Maintien de la biodiversité des territoires ruraux du Massif central à travers la préservation de la qualité et de la fonctionnalité des milieux ouverts herbacés » associant les Conservatoires d'espaces naturels et les partenaires agricoles tels que le Service interdépartemental pour l'animation du Massif central (SIDAM), le Conservatoire botanique a été chargé de mettre sur pied une méthode d'observation de l'état de conservation des milieux herbacés du Massif central.

Diagnostiquer la bonne santé écologique des prairies, un besoin partagé par un large panel d'acteurs agricoles et de la conservation de la biodiversité…

Depuis quelques années, le monde agricole mais aussi institutionnel prend conscience de la spécificité et de la richesse du patrimoine agropastoral tout autant que de sa fragilité face aux aléas climatiques et écologiques. La perte de diversité biologique y est reconnue par différents observateurs mais reste insuffisamment documentée. Tous ceux qui œuvrent au quotidien pour le maintien de la biodiversité du Massif central sont unanimes pour constater à la fois le manque d'outils et de méthodes pour évaluer l'état de conservation des végétations herbacées et l'impact des pratiques agricoles sur celles-ci, notamment face aux changements climatiques globaux.

En juin 2011, c'est dans ce contexte, que l'association des Parcs naturels du Massif central (IPAMAC), a lancé un programme de « Maintien de la biodiversité des territoires ruraux du Massif central à travers la préservation de la qualité et de la fonctionnalité des milieux ouverts herbacés » associant le CBN Massif central, les Conservatoires d'espaces naturels et les partenaires agricoles tels que le Service interdépartemental pour l'animation du Massif central (SIDAM).

Dans ce cadre, outre la réalisation de la cartographie de la trame agropastorale, le CBN Massif central a été chargé de mettre sur pied un observatoire de l'état de conservation des milieux herbacés du Massif central. Pour ce dernier, le Conservatoire botanique s'est attaché, pendant 3 ans, à imaginer, tester et valider une méthode de diagnostic de la bonne santé écologique des prairies basée sur des indicateurs simples à mettre en œuvre (flore et végétation), et à en partager les résultats sous forme de clé d'indication, de notices et de documents cartographiques à destination des exploitants partenaires de l'étude.

Diagnostiquer la bonne santé écologique des prairies
Prairie du Massif central

Une réflexion fondée sur l'analyse de la végétation de territoires identitaires du Massif central

L'analyse a porté sur différentes exploitations volontaires situées sur des « territoires ateliers » représentatifs des grands ensembles herbacés du Massif central : PNR Causses du Quercy (IGP Agneaux du Quercy), PNR Millevaches en Limousin (Plateau d'Eygurande), PNR Volcans d'Auvergne (AOP Saint-Nectaire), PNR Pilat (AOC Rigotte de Condrieu), PNR Monts d'Ardèche (AOC Fin gras du Mézenc). Les appellations géographiques labélisées ont été identifiées comme des territoires de choix car il y existe des objectifs synergiques de maintien de la diversité biologique et de qualité de la production de la filière agricole.

Au final, sur 43 exploitations pilotes situées sur les territoires ateliers, les écologues du CBN ont procédé à 883 relevés phytosociologiques recensant 864 plantes. L'ensemble des relevés réalisés dans le cadre de ce programme a été analysé, cartographié puis comparé à une base de données de référence pour déterminer l'état de conservation des prairies présentes. Les traits de vie et l'écologie des espèces recensées lors des relevés de terrain ont été compilés de manière à pouvoir caractériser finement la texture, la structure et la fonctionnalité des formations végétales étudiées. Enfin, la cartographie des végétations à l'échelle des exploitations étudiées a été réalisée en vue de pouvoir hiérarchiser les enjeux, notamment en fonction de leur rareté et de la responsabilité du territoire quant à leur préservation. En parallèle, une enquête permettant de caractériser finement les pratiques agricoles sur chaque parcelle échantillonnée a été menée par les Chambres d'agriculture concernées.

L'originalité forte de ce travail a été de tenter d'hiérarchiser, de l'échelle paysagère jusqu'à l'échelle parcellaire, les priorités de conservation selon la représentativité des végétations et des plantes qui composent le territoire étudié. Mais cette analyse se veut également dynamique : au-delà des végétations inventoriées, les écologues ont indiqué, sur la base d'une connaissance des dynamiques de végétation et du territoire mais aussi d'un lot de données important, les végétations potentielles qui ne sont pas présentes sur chaque exploitation étudiée mais qui pourraient l'être si les pratiques agricoles étaient modifiées.

La méthode TRAME : TRame agropastorale - une Approche Multiscalaire pour l'appréciation des États de conservation des végétations agropastorales

En 2016, désireux de partager les acquis de ces travaux, le CBN Massif central a publié et explicité ses fondements méthodologiques à travers le Guide technique « TRAME ». L'objectif de ce guide, basé sur différents concepts d'écologie et à destination des gestionnaires d'espaces naturels et agricoles, est de proposer une méthode désormais standardisée pour caractériser la biodiversité agropastorale d'un terroir, en s'appuyant sur plusieurs échelles d'analyse : les paysages, les compartiments écologiques, les végétations et les espèces. L'étude de la végétation peut en effet s'appliquer à différentes échelles : terroir, complexe paysager, parcelle agricole, asso-ciation végétale... Comme toute analyse de végétation, la principale difficulté consiste à distinguer ce qui relève du contexte écologique (topographie, humidité…), des actions humaines correspondant à l'impact des pratiques agricoles (eutrophisation, intensité de pâturage…). Cette distinction est primordiale dans le cadre de l'appréciation des états de conservation.

L'appréciation et la cartographie des compartiments écologiques est ainsi une étape indispensable pour cette distinction. C'est pourquoi, en s'appuyant sur quatre échelles d'analyse, la méthode TRAME permet de caractériser la biodiversité agropastorale d'un terroir :

  • 1
    Identification et cartographie des "compartiments écologiques" (portions de terroir présentant les mêmes conditions environnementales). Estimation de leur représentativité, hiérarchisation des enjeux… ;
  • 2
    Évaluation pour chaque compartiment écologique du recouvrement des différents types de végétation et de leur mode d'occupation de l'espace, hiérarchisation des enjeux selon leur rareté et potentialités ;
  • 3
    Comparaison, au niveau des communautés végétales, des différents niveaux d'expression des cortèges floristiques en lien avec les pratiques agricoles. Mise en évidence d'indicateurs floristiques pertinents ;
  • 4
    Évaluation de la diversité végétale potentielle et prise en compte des espèces les plus rares.
Échelle analyse méthode TRAME

La mise en œuvre de cette méthode reste en cours de déploiement au sein du Conservatoire botanique, notamment par la mise à disposition des tables de référence auprès des partenaires. En ce qui concerne la localisation et la cartographie des différents compartiments écologiques, le déploiement du programme CarHAB va permettre dans les années à venir de disposer d'une couche de référence qui permettra d'appuyer le déploiement de la méthode TRAME et de hiérarchiser les enjeux de conservation à l'échelle de différents territoires.

Télécharger le guide TRAME