Ensemble, préservons les forêts à forte biodiversité du Massif central

Dans un contexte d'intensification croissante des prélèvements en bois en France comme à travers le Monde, la mise en œuvre de pratiques sylvicoles respectueuses de la biodiversité apparait plus que jamais nécessaire. Mais leur adoption ne peut être encouragée qu'à travers des choix responsables et engagés de notre consommation quotidienne. Découvrons le rôle des sylviculteurs et des consommateurs dans la préservation de la biodiversité forestière…

Une sylviculture respectueuse de la biodiversité ?

Les principes de gestion forestière durable, intégrant les enjeux de biodiversité, sont bien connus GOSSELIN & PAILLET 2010 ; KRAUS D., KRUMM F. (dir.) 2013) . Le Plan régional forêt bois pour la région Auvergne-Rhône-Alpes intègre un certain nombre de ces recommandations en matière de biodiversité, afin d'atteindre non seulement les objectifs de mobilisation de bois mais aussi ceux de préservation de la biodiversité.

Voici quelques exemples à destination des propriétaires et exploitants forestiers

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Propriétaire de parcelles forestières, je me renseigne sur leur biodiversité et les techniques de gestion forestière durable avant de les exploiter, ou de vendre la coupe à un exploitant. Je fais appel à un professionnel de la gestion forestière en lui précisant mes attentes en termes de prise en compte de la biodiversité ; je privilégie les gestionnaires qui travaillent selon les principes de la sylviculture irrégulière, continue et proche de la nature, en excluant les coupes à blanc. Le CNPF (Centre national de la propriété forestière) de mon secteur peut m'informer sur la gestion forestière et m'aider à prendre en compte les différents enjeux. Si ma forêt fait au moins 25 ha, je dois réaliser un Plan simple de gestion (PSG) afin d'organiser la gestion de la forêt, mais je peux décider d'en réaliser un de manière volontaire si elle fait entre 10 et 25 ha. Ce document de gestion me permettra de planifier les coupes travaux dans le temps et d'inscrire mes objectifs de prise en compte de la biodiversité, notamment en m'orientant vers une gestion irrégulière et en conservant des arbres morts, porteurs de microhabitats et de vieux arbres. Je peux aussi décider de ne pas exploiter tout ou partie de ma forêt en rejoignant de manière contractuelle le réseau FRENE des forêts d'Auvergne-Rhône-Alpes en évolution naturelle, et ainsi contribuer moi aussi à la trame de vieux bois.
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De manière globale, lorsque c'est possible, j'appuie mon exploitation sylvicole sur les dynamiques naturelles plutôt que d'aller contre.
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Je ne défriche pas de forêts, surtout si elles sont anciennes : cette action sous autorisation administrative implique des contreparties importantes et peut porter un impact sévère à la biodiversité locale.
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Lorsque les essences le permettent, j'opte pour une sylviculture irrégulière, continue et proche de la nature (SICPN) telle que celle promue par Pro Silva, moins risquée et coûteuse (le retour sur investissement de travaux de plantation très coûteux est souvent incertain). Je favorise la diversité d'essences arborées autochtones et j'amplifie l'hétérogénéité de la structure de la forêt. En effet, les peuplements mono-spécifiques d'arbres ayant tous le même âge se montrent moins résilients face aux aléas, notamment aux tempêtes et aux attaques parasitaires.
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Je préserve la structure du sol, capital précieux pour la production de bois de qualité et le stockage de carbone (autant de carbone emprisonné dans le sol que par la biomasse au-dessus !). J'abandonne le travail du sol en vue de plantation au profit d'une régénération naturelle, évitant ainsi les problèmes d'érosion.
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Je m'oriente vers la production de gros bois de qualité, en lien avec un modèle irrégulier. En cas d'aléas, la structure de ma forêt permet de fournir à l'écosystème des arbres morts volumineux, davantage porteurs de dendromicrohabitats variés que des arbres de petit diamètre.
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Je maintiens un maximum d'arbres sénescents et/ou porteurs de dendromicrohabitats (5 pieds/ha au minimum jusqu'à un optimum 10 pieds/ha ou plus), en particulier de gros diamètre. J'en marque au moins une partie afin de les laisser mourir naturellement.
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Je maintiens un maximum de bois mort (de préférence d'un diamètre supérieur à 30 cm) à raison d'au moins 3 pieds/ha, au sol (chablis) et sous formes de chandelles.
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Je crée et je conserve des secteurs en libre évolution pour permettre à la biodiversité liée aux stades de maturité de s'exprimer de manière optimale. Un secteur de 2 ha peut déjà s'avérer efficace dans le maintien des espèces liées aux bois pourrissants (LARRIEU et al. 2013).
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J'éclaircis les plantations régulières de résineux exotiques (Douglas, Epicéas…). Cette pratique contribue fortement à la croissance des arbres mais aussi à l'apport de lumière au sol. Elle permet le renouvellement progressif de la forêt en facilitant la germination des semis. Elle contribue également à diversifier la faune et la flore du sous-bois. À cette occasion, il est possible de diversifier le peuplement en maintenant, par exemple, quelques feuillus, permettant ainsi, à long terme, le retour de nombreuses espèces tout en contribuant à l'élagage naturel des troncs.

Aux arbres citoyens !

L'influence des consommateurs sur l'offre et la demande en bois est considérable. Les quelques gestes évoqués ci-après peuvent contribuer, s'ils sont durablement amplifiés par leur nombre, à réduire l'impact de la sylviculture sur la biodiversité et à structurer des filières vertueuses à cet égard. Aux actes citoyens !

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Je privilégie les filières courtes (scieries locales) et le bois certifié par un label environnemental pour éviter le prélèvement et l'importation de ressources sylvicoles étrangères (parfois menacées) et diminuer la pollution et la consommation d'énergie engendrées par leur transport ;
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Je privilégie l'achat de bois d'essences autochtones (Sapin, Pin sylvestre, Hêtre, Frêne, Chêne, Peuplier noir...) et de gros diamètre : par exemple, en privilégiant les charpentes traditionnelles en sapin du Massif central plutôt que des charpentes industrielles de type fermettes. Certains scieurs de mon territoire pourront me proposer de nombreuses essences locales pour mes usages : du bois poteau (châtaigner…) à la construction (sapin, pin sylvestre, chêne…) en passant par les menuiseries intérieures (frêne, peuplier, chêne, etc.) ;
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Si je me chauffe au bois, j'opte pour un poêle ou une chaudière à combustion propre (double combustion…) brûlant plus efficacement le bois qu'une cheminée traditionnelle. J'opte pour du bois récolté le plus localement possible, et de manière durable : taillis de Hêtre ou de Charme géré en conservant des arbres habitats et du bois mort, granulés ou plaquettes issues de produits connexes (chutes de bois).
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J'isole efficacement ma maison afin de diminuer ma consommation de bois : préférer une énergie renouvelable à une énergie fossile c'est bien, l'économiser en plus c'est mieux. À cet effet, je peux privilégier l'isolation en laines et fibres de bois à conditions que leur production soit écologique.
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Je diminue ma consommation de papier non recyclé et autres objets à base de cellulose.
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Je participe au financement d'opérations d'acquisition de parcelles forestières par certaines associations (forêts sauvages, Sylvae - CEN Auvergne, etc.), destinées à une conservation intégrale (sans exploitation forestière). Ces réserves permettent au cycle naturel de la forêt s'accomplir dans son intégralité, au bénéfice des espèces les plus sensibles.
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Afin de contribuer aux actions de connaissance et de préservation des forêts à forte biodiversité, je signale au CBN Massif central les secteurs présentant de très vieux arbres.
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Élu d'une collectivité boisée, je suis conscient que les forêts de mon territoire répondent à bien de nombreuses fonctions écologiques et sociales : protection des sols, de la ressource en eau, biodiversité, rôle paysager, loisirs de plein air...). Je propose aux propriétaires et aux gestionnaires de prendre en compte tous les enjeux environnementaux, par une sylviculture proche de la nature, de manière à concilier les différents usages. Ma collectivité peut aussi contribuer à la trame de vieux bois, par la conservation d'arbres sénescents et de bois mort dans les peuplements, mais aussi par le classement de certaines parcelles communales en îlots de sénescence ou de certains arbres remarquables (voir ci-après).
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Propriétaire d'arbres remarquables (arbres isolés, bocage…), je contribue à leur préservation en leur apportant un soin particulier voire en demandant un classement susceptible d'assurer leur pérennité. Les arbres bocagers sénescents jouent un rôle prépondérant dans la migration d'espèces entre deux forêts matures.

S'adapter au changement climatique

Pour lutter contre le changement climatique, de nombreux décideurs publics proposent d'intensifier la gestion forestière dans la perspective d'accroître le stock de carbone piégé par le bois. Or, si la forêt constitue effectivement le plus important puit de carbone en France métropolitaine (IGN 2005), on oublie que la biomasse est constituée pour moitié du carbone stocké dans le sol, en particulier celui des forêts anciennes. Toute exploitation forestière impliquant un travail du sol est susceptible de libérer le carbone ainsi stocké par le sol depuis plusieurs siècles.

Contrairement à une idée reçue, et même s'il pousse moins vite en diamètre qu'un jeune arbre, un gros arbre peut continuer à séquestrer chaque année du carbone : en effet, plus le diamètre est important, plus le gain en diamètre se traduit par une production importante en volume. Ainsi, trois ans de croissance d'un gros bois d'environ 50 cm de diamètre est équivalente en volume de bois à un jeune arbre de 10 à 20 cm (STEPHENSON N.L. et al. 2014). Miser sur la production de gros bois permet non seulement de s'orienter vers une sylviculture à haute valeur ajoutée, mais aussi de stocker plus efficacement du carbone. Plus largement, une vieille forêt, c'est à dire présentant des caractéristiques de forêt naturelle comme l'abondance de vieux arbres et de bois mort, continue à emprisonner efficacement le carbone : laisser en plus des secteurs sans aucune exploitation n'est donc pas un non-sens en termes de séquestration de carbone, bien au contraire (LUYSSAERT S., SCHULZE E.D., et al. 2008). Produire du bois dans certaines forêts, et stocker du carbone dans d'autres, y compris dans des secteurs laissés totalement sans exploitation, n'est pas du tout contradictoire (IGN 2005). En revanche, stocker du carbone dans les forêts de production ne peut se concevoir dans un système très intensif, avec des arbres de petit diamètre et un sol régulièrement perturbé (coupe à blanc, travail du sol puis plantation).

En privilégiant la production de gros bois, et notamment de bois d'œuvre, il est possible d'amplifier le stockage de carbone sur pied, tout comme le stockage de carbone en produits manufacturés de long terme (mobiliser et menuiseries intérieurs, charpentes..).

En choisissant une sylviculture irrégulière à couvert continu, on évite les coupes à blanc ; les coupes sont petites et progressives, sur le modèle des trouées qui permettent le renouvellement naturel de la forêt. Le sol ainsi préservé est moins susceptible de libérer du carbone par minéralisation de la litière.

Quant à l'utilisation des bois et forêts en tant qu'îlots de fraîcheur dans un contexte de changement climatique et de multiplication des canicules, il est montré que la température en sous-bois est en moyenne de 3 degrés moindres qu'à l'extérieur (LENOIR J., HATTAB t. & PIERRE G 2017). C'est effet micro-climatique permet aux concitoyens de trouver des espaces de fraîcheur en période estivale. Ce qui est bénéfique aux hommes l'est également pour les plantes. En effet, le microclimat du sous-bois permet le maintien des espèces les plus fragiles au dessèchement (en particulier les espèces hyperatlantiques ou des milieux frais et confinés) et à certaines essences sensibles aux coups de chaud de se maintenir, notamment les semis et jeunes plants. Ouvrir trop brutalement la canopée en pratiquant des coupes trop fortes et des coupes rases, c'est monter le thermostat de la forêt de plusieurs degrés.

S'adapter au changement climatique

Vers un réseau de forêts en libre évolution

Que se passe-t-il si l'homme vient à abandonner ses pratiques forestières ? La forêt meurt-elle ? Les arbres peuvent-ils se renouveler ? Dans de nombreux cas, à l'exception notable des plantations d'essences exotiques non éclaircies, non seulement la forêt ne meurt pas si on arrête toute exploitation, mais elle acquiert progressivement, de surcroît, les caractéristiques essentielles des forêts naturelles, très favorables aux espèces forestières. En réalité, l'Homme a davantage besoin de la forêt et de son bois qu'elle n'a besoin de lui. La constitution d'un réseau d'îlots, plus ou moins grands, en libre évolution, parmi les forêts gérées le plus durablement possible, permettraient de contribuer fortement à la préservation de la biodiversité forestière.

Dans les forêts laissées en libre évolution depuis un temps suffisant, et dont on a des exemples en France, il est possible d'observer un grand nombre de vieux arbres, atteignant des dimensions jamais atteintes en forêt de production. On observe aussi une grande quantité de bois mort et de dendromicrohabitats (généralement éliminés en forêt de production). On considère qu'il faut seulement 30 ans d'abandon pour que la biodiversité en espèces strictement forestières augmente (PAILLET et al. 2010) ; il s'agit en particulier des mousses, des lichens, des champignons, mais aussi de tous les êtres vivants qui consomment du bois mort ou vivent dans les cavités.

Aujourd'hui, le rôle du forestier n'est pas seulement de désigner les arbres à couper, il consiste aussi à organiser la durabilité de la forêt tout en contentant ses différents usages (économiques, récréatifs, sociaux, culturels, environnementaux…). Dans la perspective d'accroître la biodiversité forestière, il peut aussi décider, de manière pérenne, de ne plus couper une partie ou la totalité des parcelles gérées.

Dans le Massif central, à l'image de quelques secteurs des Gorges de la Rhue (Cantal) préservés à l'initiative de leurs propriétaires, les réserves forestières restent particulièrement rares. Ainsi, en Auvergne-Rhône-Alpes, seul 1 % des forêts est laissé en libre évolution de manière pérenne. L'essentiel des surfaces est situé dans la partie Alpine. Au niveau national, on estime que moins de 0,2 % des forêts présentent encore des caractéristiques de forêt naturelle, pour la plupart inconnues et exemptes de protection particulière tandis qu'il est conseillé de laisser au moins 10 % des forêts en libre évolution pour répondre aux besoins des espèces liées aux stades matures (LARRIEU et al. 2012 & 2013). En hêtraie sapinière par exemple, si les petites surfaces en libre évolution ne sont pas sans intérêt, un minimum de 20 ha est nécessaire à la pleine expression de tous les types de dendromicrohabitats (LARRIEU et al. 2013).

 Vers un réseau de forêts en libre évolution
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Cette page d'information a été réalisée par le Conservatoire botanique national du Massif central et a bénéficié d'un financement par l'Union européenne. L'Europe s'engage sur les forêts anciennes avec le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER).
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